L'altriman, c'est le triathlon format Ironman dans les pyrénées... que d'aucuns disent le plus dur du monde... ce qui parait stupide à dire puisqu'on peut pas tous les faire pour comparer et que des facteurs externes comme le vent, la température, la pluie peuvent varier considérablement la difficulté d'une épreuve d'une année sur l'autre...

J'ai construit ma saison avec l'objectif du Tor des géants (Ultra trail de 330km avec 24000m de D+) en septembre que je pense extrêmement difficile et 2 courses intermédiaires que je considérais très difficile avec le Grand Raid Occitan en mai (ultra trail de 165km et 9800m de D+) et l'Altriman donc en juillet... (lire la suite pour compte rendu détaillé de cette très très longue journée et album photos)

 

Préparation :

Je cumule depuis le début de l'année en 6 mois une préparation natation ridicule (moins de 20km de nage, a peine 1.5 km en eau vive dont les 750m du CLM par equipe de bordeaux), une solide préparation vélo de route de 3800km avec 32000m de D+ (beaucoup de cyclotourisme) et une très solide saison à pied orientée trail de 1200km et 31000m de D+.

 

Jour J-2 :

J'arrive donc jeudi soir sur le camping du lac à Matemale à seulement 600m du départ de la course à environ 1500m d'altitude avec Valerie qui s'aligne sur le Half. J'y retrouve Guillaume et Jérome du club One Too Tri que j'ai dejà croisé à quelques occasions. Une pizza et au lit dans le duvet... le reveil au sortir de la tente est bien frais (environ 7°C).

 

Jour J-1 :

Un petit tour de vélo en short de bain pour détendre les jambes et occuper la fin de matinée, puis je vais gouter l'eau du lac sans combi... une petite tête au bord et je confirme la température annoncée par les organisateurs de 16 degrés, j'y suis rentré sans problème, mais c'est pas chaud pour les frileux. Je suis confiant du coup pour le lendemain en combi et me dit que je mettrais 2 bonnets pour pas avoir mal de crane.

Dépôt du vélo et des sacs vélo et course à pied sur les rails du parc au bord du lac l'aprem. On nous propose 2 sacs de délestage sur le parcours vélo, je choisis de ne pas m'en servir, mais de partir avec un sac à dos contenant tout ce dont je pourrais avoir besoin sur le parcours en plus de ma simple trifonction.

Je retrouve plusieurs tetes connues de la tribu 64 venue en nombre (15 partants altriman, club le plus representé de loin), notamment Seb Espert ancien du SAGC ainsi que Patrick et Nicolas, 2 formats piliers de rugby (donc pas taillés pour la montagne mais avec une volonté impressionnante) dejà croisés sur la pyrénéa, l'ironbask et le format ironman de salou.

On mange tous ensemble à la pasta party, l'ambiance est conviviale mais on sent la tension dans l'air... nous sommes tous à la veille d'une épreuve difficile et celà se sent.

Choix du contenu du sac à dos : une paire de manchettes, une paire de sous-gants de soie, ma veste coupe vent étanche, mon pantalon coupe vent etanche, un petit tube de vaseline pour les frottements, 1 cachet de doliprane, 1 cachet d'immodium, quelques feuilles de papier toilette dans un ziploc, mon tel portable, 4 barres de céréales decathlon, 2 gels decathlon, un lot de rustines (en plus de mon outil de reparation, des 2 chambres de secours et d'un maillon d'attache rapide toujours présent dans ma petite sacoche de selle)... je me sens paré et file au lit.

 

Jour J :

Réveil à 4h15 d'une nuit presque sans sommeil tant je me sens inhabituellement anxieux, je n'ai pas du dormir plus de 2 heures. Je sors de la tente et il fait froid (environ 4°C de ressenti) dans la nuit noire. Je rassemble vite mes affaires, grignote 3 barres de céréales et me rend sur la ligne de départ. Je galère et râle comme d'habitude à enfiler cette satanée combinaison... qu'est-ce que j'aime pas nager avec ce truc, je rêve du jour où on fera des duathlons avec 40km à pied, 180km à vélo puis à nouveau 40km à pied... bon je suis pret et m'avance sur la plage déguisé en pingouin comme les 245 autres au depart (info speaker)... le speaker met les watts dans la nuit noire et nous fait patienter car des jet-skis de la securité sont en retard... la tension monte, monte, monte.... grrrrr, punaise qu'on y aille. Finalement on annonce avec environ 15min de retard un départ dans une minute... les secondes défilent interminables... ma respiration se fait lente... mon pouls s'accelere... un coup de pistolet sec perce la nuit noire en claquant comme un fouet en même temps que des fumigènes rouges s'embrassent autour de nous... ça y est, il est 5h45, on y va !

 

Natation :

J'avance en marchant dans l'eau quelques pas, je ressens légérement le froid à travers la combi, je frissonne, inspire un grand coup, fixe la lumière jaune perçant la nuit noire de façon bien visible en face de moi... censé être l'une des 2 bouées et plonge la tête dans l'eau froide...Je pars dans les derniers

Je commence avec quelques mouvements de crawl mais en moins de 100m je sens que mes sensations de nage sont mauvaises, je réflechis un peu et décide finalement de ne pas faire l'effort de nager en crawl mais de tout faire en brasse, je vais perdre 10 à 15 min selon mon calcul mais économiser beaucoup d'énergie et là je me dis que j'en aurais bien besoin... donc c'est parti pour de la brasse dont le premier effet positif est que je me dirige bien plus droit dans la nuit noire que la plupart des nageurs qui m'entourent et sont nombreux a sérieusement zigzaguer dans la nuit noire... je fais de temps en temps quelques mouvement de crawl pour me détendre le cou, la position tete relevée à la longue est un peu desagreable, mais j'avance bien. La temperature au milieu du lac est franchement fraiche, on doit être sur du 12-13°C.... Me voici arrivé à la première bouée presque de l'autre côté du lac et finalement ce n'est pas un éclairage de bouée mais un 4*4 de la DDE pleins phares allumés sur la berge qui nous dirigeait, au niveau de la bouée c'est un pédalo avec 2 personnes et une grosse lampe torche à main qui appellent les personnes pour les orienter... c'est ambiance, je trouve ça franchement rigolo. La seconde bouée est proche (environ 200m, pas éclairée non plus, même système de pédalo avec une grosse lampe torche), puis ce sera un long retour jusqu'à la plage pour une longue sortie à l'australienne (200m de sortie environ). Le fait d'être parti en retard a l'avantage que le jour se leve plus vite sur la natation et on distingue a peu prés bien vers la fin de mon premier tour. je jette un oeil au chrono en posant pied à terre, 47min. Bon c'est pas plus mal que si c'etait pire, je suis vraiment une buse en natation. Je trottine 1 bonne minute pour la transition avant de replonger en tapant sur l'épaule de patrick que je retrouve là et qui me précede sur le ponton reliant les points de transition. Une foule nombreuse nous encourageait sur cette transition. Second tour de jour donc, c'est long long long... qu'est-ce que j'aime pas nager et je commence à ressentir le froid de plus en plus :-(

Enfin je sors de l'eau sous les acclamations d'un public bien present et aussi chaud que l'eau etait froide. Coup d'oeil à la montre... 1h39m, bof mais pas si pire puisque je tablais sur environ 1h30. Temps officiel natation de 1h38m40s, 197° temps sur 219 concurrents à aller au bout de la natation (les 26 concurrents qui abandonneront sur la natation étant finalement classé en DNS)

 

Transition 1 :

Je tremble un peu et il y a du thé chaud sur un stand juste avant l'entrée du parc, j'en bois un en enlevant ma combi... et dire que je suis pas frileux, ça doit être très dur pour ceux qui ne supporte pas le froid.

Je trottine jusqu'à mon sac velo, j'y fourre ma combi après avoir sorti le sac à dos et ma serviette. Jérome repart du parc quand j'y arrive. Sans echanger beaucoup de mots, nous partageons le peu de plaisir ressenti sur la natation. Je vois HP qui m'encourage, ça fait toujours plaisir. Je prends le temps de bien m'essuyer et me sécher, finalement j'opte pour les soquettes d'hiver (un peu plus épaisses que j'utilise l'hiver pour aller au travail en vélo même quand il fait très froid) et partir directement avec ma veste coupe vent pour me réchauffer rapidement. Je trottine pour quitter le parc en poussant le vélo après le temps officiel de 12m42s de transition (95° temps sur 219 encore en course)

 

Vélo :

C'est parti pour un morceau de bravoure annoncé de 196km et 4700m de D+... le premier guide de la course sur le site indiquait qu'il fallait rentrer au parc avant 18h pour être dans les delais, mais le papier de rappel des regles diffusé dans les sacs coureurs et annoncé aussi au brieffing de la pasta party parlait de 18h30... ça s'annonce donc très long.

Je jette un oeil au GPS, merde il a pas demarré... bon je l'eteins et le rallume et ça repart me manquera juste 1 à 2km de plat. Première montée facile en prenant de la hauteur en gardant le lac main droite vers le col de Quillane, court et peu pentu (4-5% sur 2-3km), on rebascule après une courte descente vers la gauche pour attaquer le col de la Llose, plus pentu mais encore court (7-8% sur 2-3km) toujours sur un bitume excellent. Arrivée au col de Llose, la descente est en revanche pas terrible (route etroite, sinueuse et avec des gravillons a plusieurs endroits), je descends doucement sur les freins autour de 30 à l'heure. Cette descente tout comme la montée qui suit sur le col de Creu sont hypers sauvages, c'est tout simplement magnifique avec des petits villages perdus accrochés a flanc de montagne sur des pentes entrecoupées de rochers découpés et de forets en equilibre... C'est long (une bonne douzaine de kilomètres) et ça monte de plus en plus fort (7-8% de moyenne, avec plusieurs rampes à plus de 10% sur les 5 derniers kilomètres). J'ai enlevé la veste et ne suis plus qu'en trifonction. Je rattrape Jerome vers la moitié de ce col, il monte pas vite mais a l'air frais. Je n'ai pas pas encore sorti mon plus petit braquet 34*28 mais fait la majeure partie de ce col en 34*25 en montant les ressauts en danseuse souple.

Une belle descente bien propre où je prends un peu plus confiance et descend à environ 45km/h nous ramene pres du lac, on repart vers le nord avec un bon gros vent de face sur un parcours de faux plat descendant sauf le col des Hares court et peu pentu (environ 4km à 3-4%, monté grosse plaque). Une deviation sur une route un peu pourrie quelques centaines de metres nous permet d'eviter le marché de Formigueres. Je prends pas mal de vitesse sur des faux plats descendant et commence à prendre de l'aisance dans les trajectoires, dépassant  même de temps en temps les 50km/h. Je m'arrete et pose pied à terre à chaque ravito (tous les 25km en moyenne) comme la quasi totalité des coureurs à mon niveau et je ne toucherai pas à ma petite réserve de nourriture prise par securité dans le sac. Dans le debut de la montée sur Mijanes (3-4 km à 8-9%, je passe sur mon 34*28 à ce moment là), pause pipi et la fermeture eclair de la trifonction me reste dans les mains... hé merde, impossible a reparer. Bon je trouve 2 epingles dans le fond de mon sac, çà fera une réparation de fortune. Le ciel devient très menacant et vire au gris foncé...

J'arrive à Mijanes km68 et il commence à tomber des gouttes de pluie. C'est la première barrière horaire vélo, il faut arriver avant 11h et j'y pointe à 10h45... pffff, c'est pas passé loin et il y a quand même encore des vélos derrière moi entre les quelques sorties de nage après moi et les 7-8 que j'ai doublé depuis le départ. Là les choses sérieuses commencent, 11km à 8.2% de moyenne pour le port de Pailheres culminant à 2001m et une pente qui se raidit de plus en plus au fur et a mesure que l'on monte... A peine 2-3km d'ascension et je trouve Guillaume en train de marcher à côté de son vélo, visiblement touché moralement, je l'encourage en passant "courage guigui, le col est encore loin, tu ferais mieux de monter sur le vélo sinon t'es pas rendu". J'observe depuis les lacets suivants et ils semblent se remotiver pour repartir en vélo lorsque je le perd de vue, mais je me dis que mentalement il ne tiendra pas le coup s'il craque déjà... la route est encore si longue jusqu'à l'arrivée. Au fur et a mesure que l'on s'eleve dans les lacets et que la pente se raidit, la pluie se renforce elle aussi de plus en plus, on sent aussi le vent de plus en plus marqué. Je m'arrete pour enfiler la tenue pluie complète (veste + pantalon) et regrette finalement de ne pas avoir pris aussi mes gros gants gore tex d'hiver, je les aurai supporté... la pluie se transforme en grésil à partir de 1700-1800m environ, chaque lacet (voire chaque tour de pedale...) est un combat physique et mental avec une rampe à 10% avec 50km/h de vent de face et des trombes d'eau dans la figure, enchainé avec une rampe à 10% avec le vent de côté qui fait faire de dangeureux ecarts dans une visibilité à 50m... c'est dantesque !!! Enfin le col est là après un temps interminable, je suis transi de froid avec ma simple trifonction et mon coupe vent et surtout j'ai les doigts gelés avec rien d'étanche pour les proteger. Il doit pas faire plus de 2°C. Je remercie les benevoles au col emmitouflés dans les tenues des pires tempêtes marines mais qui nous servent encore avec le sourire sous leur barnum de fortune. Je m'en souviendrai longtemps de cette ascension du Pailheres pour sur !

Je moisis pas, il faut que je regagne des degrés de température rapidement, mais les doigts engourdis m'obligent à une descente très très prudente. Je dois descendre le col à 25km/h grand max. Au bout de 6-7km de descente, la pluie s'arrête et l'horizon se debouche. Du coup je stoppe pour enfiler mes gants de soie qui me redonne en l'espace de quelques kilomètres du sang à circuler dans les doigts, ce qui ne manque pas de me provoquer un douloureux retour de flamme comme dans mes pires sorties montagne hivernales raquettes ou ski de randos... La descente finie et après une seconde pause pipi, je finis de me rechauffer avec la lente ascension du col de la Chioula environ 5km à 7-8% passé entierement sur le 34*28, je commence à fatiguer... au col, une nouvelle pause pour me vaseliner le fondement que toute cette pluie a commencé à bien irriter.

Ensuite c'est enchainement de presque 20 km de legere descente avec le vent dans le dos, c'est agréable, facile et ça permet de bien récuperer des points de vie dans des paysages toujours jolis. Après cette longue descente, on attaque la remontée sur le plateau de Sault par un sacré coup de cul de 2km à 11-12% qui nous rappelle bien pourquoi on est venu... ça pique, je monte une bonne partie en danseuse. Puis une dizaine de kilomètres de faux plats (enfin en dessous de 4%, c'est plat maintenant)... plusieurs petits panneaux de cols passent ... col de garvanel, col des sept freres... puis une autre longue descente très facile avec beaucoup de visibilité et une route très propre où j'atteins plusieurs fois les 60km/h, puis c'est à nouveau une grosse montée avec 4-5 km à 9-10%, je regarde par moment ma casette arrière pour voir si par hasard j'aurais pas oublié des dents au dessus du 28... les jambes sont lourdes. La pente se calme un peu pour les 5-6 km suivants avec des pentes autour de 6%, je continue a doubler un concurrent de temps en temps, mais les visages sont de plus en plus marqués, le mien doit pas être terrible non plus à voir. Je commence à me dire que la montée de Carcanières vers le km 170 va me tuer...

Quelques kilomètres de descente où je commence à essayer de faire des calculs du temps que je vais mettre pour rentrer au parc. Je compte 18h30 si je monte carcanières sur le velo et 18h45 si je craque dedans et finis de monter à pied... ce qui voudrait dire hors delai... crotte, faut que je m'arrache alors. Un ravito au pied de la fameuse montée permet de prendre 1 min pour s'alimenter et reprendre un peu de souffle. Puis on attaque, la pente est très forte et la route très etroite empechant de slalomer sur la largeur, mais j'arrive à monter pas si mal en haletant sérieusement. On se motive avec les 3-4 cyclistes qui montons ensemble. Je fais plus de la moitié en danseuse sur le 34*28 en serrant les dents. Sur le sol est écrit "Les folies sont les seules choses que l'on ne regrette jamais", j'apprecie la touche d'humour... Le panneau du village est là et je crois que c'est la fin de cette pente autour de 12-13% sur 2km, je suis content. Un benevole à l'entrée du village nous dit même, "allez bravo, c'est de la descente maintenant", 100m de traversée de village puis un mur sur environ 300-400m, je peux pas m'empecher de jurer "oh le con, de la descente je t'en foutrais"... la pente doit faire 17-18%, heureusement cette fois la route est large et je monte ce mur en slalomant comme les autres (sauf un qui préférera la monter à pied). Cà monte encore fort sur environ 1km (autour de 10%), puis on attaque le col des Hares, dernier col du parcours, 5-6km à 6-7%, ça parait presque facile après la montée precedente. C'est long, puis enfin le col est là, je laisse bien filer dans la descente puis rattrape le faux plat montant jusqu'au lac de Matemale sur une dizaine de kilomètres... Me voilà à la ligne d'arrivée il est 18h17, temps officiel de 10h47m26s pour boucler ces 196km avec 4800m de D+ mesuré au GPS, c'est le 163° temps velo sur 183 ayant fini le velo dans les temps (46 éliminés sur le velo dont 20 hors délais, parmi lesquels Patrick et Nicolas de la tribu)

 

Transition 2 :

En posant pied à terre à la ligne, un arbitre me barre la route et me signale "nous fermons le parc" aimable comme une porte de prison... stupeur... quoi ? je suis hors délais ? Je commence à hausser un peu le ton franchement agacé "ben non c'est pas possible, il est 18h17 et c'était 18h30 annoncé sur le brieffing et le papier aux dossards..., il me coupe sechement en me disant "on nous a donné la consigne 18h", j'en rajoute une caisse, "en plus on a commencé avec un bon quart d'heure de retard, c'est pas possible !". Il me reponds "bon je note votre dossard sur mon papier comme les 2 d'avant et je demande confirmation à l'organisateur si je vous elimine ou pas, vous pouvez toujours commencer le marathon, vous devez arriver avant minuit et risquez malgré celà d'être disqualifié".... ok, il s'ecarte, je rentre en courant dans le parc. J'ai oublié toute fatigue. Je suis remonté comme une pendule et impatient d'en decoudre avec le marathon avec cet arbitre qui m'a franchement enervé. Au final, l'organisateur donnera la consigne de laisser partir jusqu'à 18h45 (les 183 donc) et de mettre hors delais à partir de 18h46 (les 20 evoqués ci-dessus).

Je change de chaussettes, hesite à prendre avec moi ma veste, mais repars finalement en simple trifonction avec seulement 2 gels decath et la paire de gants de soie dans la poche au bout de seulement 4m14s (22° temps transition sur 181 qui attaquent le marathon)


Marathon :

Je pars prudent sur mon rythme d'endurance habituel autour de 10km/h en me donnant pour consigne de ne m'arreter qu'à 1 ravito sur 2 (ils y en a tous les 2.5km environ) pour manger et prendre 1 verre d'eau seulement à l'intermediaire si j'ai trop chaud. Le parcours est definitivement orienté trail avec un terrain de sentier accidenté (pierres, racines, passage de pont, ...) sur une grosse proportion (au moins 50% du parcours je dirais). Je trottine partout sur les premiers kilomètres qui nous emmene faire un demi-tour du lac, j'ai chaud avec la trifonction, le soleil tape fort desormais. Je croise Seb espert qui finit cette boucle, il a donc environ 8km d'avance sur moi, il a l'air bien (j'apprendrais plus tard qu'il sera victime seulement quelques kilomètres plus loin d'un gros malaise d'hypothermie le contraignant à l'abandon :-( ). Je deroule mon rythme et continue même a trottiner quand la route s'éleve de l'autre côté du lac sur un bon 100m de D+ pour aller chercher le demi-tour (ne marchant que sur la toute fin où la pente devait faire 8%), j'y aperçoit christine et riri qui m'encourage, je leur fais la bise au retour et m'arrete discuter 30 secondes. Riri me demande "c'est bon t'as le moral ?", je reponds "le moral pas de probleme, mais les jambes sont fatiguées, quel chantier le vélo...enfin on va finir". Je repasse au parc à velo km 9 au bout d'1 heure pile et demande au ravito, "faut combien de kilomètres avant de repasser ici ?", les benevoles savent pas trop "pas loin de 20" on me répond... hum, il est dejà 19h20, je risque fort de repasser après la tombée de la nuit que j'estime vers 21h - 21h30. Je prends donc ma frontale à la main au cas où. Je repars toujours sur un chemin de trail pour remonter vers la station des angles en 4 bons kilomètres avec un bon D+ où j'alterne la marche quand la pente est forte avec la course. Je continue toujours de trottiner partout ou la pente n'est pas plus forte que 4-5%. Passage aux angles et devant l'arrivée où une foule importante nous encourage. Je me fais la reflexion, "allez tu vas finir là dans plus très longtemps". La tribu One too Tri m'encourage au passage depuis son QG de la pizzeria des angles :-) . La route s'eleve de plus en plus fort pour atteindre le point culminant du parcours à pres de 2000m tout en haut de la ville vers le km18. Les benevoles qui tiennent ce ravito sont extras. Ils sont deguisés en village people, ont mis la musique adequate et font des choregraphies bien pourries, çà redonne le sourire. En plus, ils me proposent de mettre un peu de whisky dans mon verre de coca (une grande bouteille trone sur le ravito). Je decline poliment, mais ça me fait bien marrer.

On replonge ensuite sur une jolie petite route vers le lac de Balcere un peu plus bas (1770m) pour aller chercher le demi-tour vers le km 20, la descente sur route tape dans les quadris, pas mal de coureurs grimacent autour de moi, j'en reprends quelques uns, l'entrainement trail est plus qu'utile pour tenir la foulée en descente. Je remonte en marchant jusqu'au haut de la ville et pointe mon km 21 en 2h35... c'est vraiment un parcours marathon costaud. Il y a beaucoup plus de denivellé que sur celui d'Embrun et c'est beaucoup moins roulant. J'avais mis 4h50 sur celui d'Embrun où j'avais pas mal marché et là je vais finir entre 5h et 5h30 si je continue en courant partout où c'est possible. Après le ravito en haut, je frissonne un peu, la lumiere ayant baissé la temperature a chuté serieusement, j'enfile mes sous-gants et me lance à trottiner dans la longue descente vers le parc à velo (route d'abord sur 4-5km puis trail sur les 6-7 suivants). Je coure absolument partout et reprend sur la partie trail plusieurs concurrents moins a l'aise dans les pierres. Mais je me fais la reflexion que j'en suis a presque 30km et que j'ai pas encore vu un gars marcher ailleurs que sur les montées, alors que sur tous les formats ironman que j'ai fait a partir du semi, pres de la moitié des concurrents font majoritairement de la marche... qu'il n'y a donc que des mecs avec une volonté de guerrier ici... ça relativise le fait que je commence a avoir les jambes très lourdes. Me revoila au parc à velo, km 28, pile à la tombée de la nuit noire un peu avant 22h. Je n'ai pas eu besoin d'allumer ma frontale. Je reprends ma veste, profite 1 min du ravito en remerciant encore chaleureusement les benevoles, allume ma frontale et repars en trottinant dans la foret du bord du lac pour refaire ce aller-retour de 9km. Les jambes sont très lourdes et je trouve mon premier concurrent marchant sur le plat, puis un second un peu plus loin. Un debut de nausée en arrivant sur le barrage m'oblige aussi à me mettre à la marche sur une centaine de mètres, puis je repars en trottinant dès que c'est passé. J'ai des mollets maintenant très durs et j'ai trop chaud avec la veste, mais j'arrive toujours a derouler ma petite foulée. En revanche, je fais toute la montée en marchant cette fois ci même sur les pentes modestes. Demi-tour, km 31 il ne me reste "plus" que 11km et c'est fini les demi-tours. Je continue toujours en trottinant. Gros coup de buis vers le km 33, je suis obligé de marcher 200m sur le plat. Je vois maintenant plusieurs concurrent qui s'accordent 100 ou 200m de marche tous les 2-3km. Je repars en trottinant et repasse devant le parc... plus que 4km, 2 en alternances de petites montées-descentes, puis 2 km de montées plus soutenues. Je suis très fatigué, et les jambes lourdes arrivent toujours a courir sur 100% de ces 2 premiers km. Je zappe le dernier ravito à 2km de l'arrivée, mais n'ai pas l'envie de tenter d'alterner course et marche sur ces 2 derniers km de montée (5 à 8%), je ferais tout en marche, c'est bon je vais arriver et avant minuit même...

Entrée dans le village, la pente se reduit, je reprends la course pour les 400 derniers metres, je ne ressents plus aucune fatigue, la delivrance est là... je rentre dans la salle, longe le public qui encourage, le speaker annonce mon nom, je monte les quelques marches du podium en petites foulées, retire ma frontale et imprime un profond sourire sur mon visage... ça y est, c'est fini, quelle aventure humaine ! On me remet ma medaille autour du cou, me donne une polaire finisher... je descends les quelques marches avec des jambes dures comme de la pierre...

J'ai bouclé mon marathon en 5h22m02s en courant quasiment partout où c'etait possible, que ce parcours etait difficile... c'est le 116° temps marathon sur 173 à l'arrivée, j'ai repris 27 places

Je finis donc ce parcours magnifique et particulièrement difficile (très largement plus qu'embrun selon moi) à 23h50 en 18h05m04s à la 144° place sur 173 finishers (pour 245 au depart, soit 70% de finishers). Je suis heureux, je mange un morceau de pizza aux fromages, boit une biere, discute un peu avec valerie et quelques personnes de la tribu 64. Peu après moi, arrive la seule feminine qui reussira à terminer (toutes les autres ont abandonné...) en 18h29, elle s'appelle aurelie, fait partie de la tribu 64 et parle de peut etre venir à cestas l'an prochain car elle est muté sur bordeaux.... un immense bravo a elle !

Je comate. Valerie me ramene recuperer mon velo et mes sacs, puis prendre une douche chaude particulierement delicieuse et me coucher comme une masse dans la tente après un jour très très long.

Le vainqueur a bouclé l'épreuve en 12h30, c'est une autre dimension. Mais ça relativise bien par rapport à un format ironman plus classique ou la victoire se joue en un peu plus de 8h ou même embrun ou ça se gagne en a peine moins de 10h...


Quelques mots sur le Half qui s'est deroulé le même jour.

Valerie a souffert sur le parcours du Half qu'elle a dejà trouvé très dur et a bouclé en 9h06m46s (58m25s de nat, 7m50s de T1, 5h15m14s de velo, 3m55s de T2 et 2h41m22s de CAP), encore fatiguée aussi de son trail de 95km il y a 3 semaines, elle finit 277° sur 286 finishers du half, 4° de la catégorie V2 F
Frederic Leonard, ancien du SAGC s'alignait aussi sur le Half, il boucle en 7h16m14s en 161° position
Et surtout notre Laetitia Robins du SAGC etait aussi presente sur le Half et signe un temps canon de 8h03m41s (40m51s de nat, 6m54s de T1, 4h42m29s de velo, 3m31s de T2 et 2h29m56s de CAP) 239° et 4° de la categorie V1 F

Un grand bravo à tous !


Jour J+1 :

Après une nuit à dormir comme une masse, je me reveille vers 10h avec les jambes un peu faibles et fatiguées mais mal nulle part. Première bonne nouvelle. On file vers l'aire de la course voir les arrivées des courses format M et S puis on fait la photo des finishers altriman avec les polaires

Jean Michel Limmois boucle le M en 3h18m28s (34m28s de nat, 4m35s de T1, 1h46m52s de velo, 1m25s de T2 et 51m09s de CAP), 114° sur 190 a l'arrivée

Riri boucle le S en 1h25m37s (16m18s de nat, 2m19s de T1, 38m38s de velo, 1m04s de T2 et 27m20 de CAP), 64° sur 150 à l'arrivée et 1° V5M

Et Laetitia non rassasiée de son Half de la veille est venue tenir compagnie à Riri et terminer son S en 1h29m09s (17m01s de nat, 2m10s de T1, 40m24s de velo, 1m02s de T2 et 28m31s de CAP), 82° sur 150 à l'arrivée et 1° en V1F.

J'ai Jerome et Guigui au telephone, le premier a abandonné sur casse mecanique de son derailleur au 40°km, forcement décu mais vu son allure il aurait surement été hors delais et guigui s'est bien remis en selle pour aller courageusement atteindre le sommet du pailheres mais à bout mentalement, il abandonnera dans le col suivant de la Chioula... les 2 ont pleinement gouté la splendeur des paysages et en ont pris plein les yeux...

Ensuite on mange tous les cestadais ensemble à la grande paella offerte en plein air à tous les coureurs, je retrouve seb bien fatigué qui doit se reposer apres son malaise, on recroise des personnes de villenave d'ornon et d'ailleurs. L'ambiance est tres conviviale et les bénévoles auront été formidables tout au long du week-end... Bravo à l'organisation !

Vers la fin du repas, mon esprit vagabonde et se detache de cette jolie fête... il retourne sur le parcours, revoit les paysages grandioses, les moments de bravoure dans le pailheres avec sa meteo apocalyptique, cours seul dans la lueur de sa frontale au milieu de la foret, retrouve cette inscription au sol dans la montée de Carcanières "Les folies sont les seules choses que l'on ne regrette jamais"... je trouve ça finalement très juste et parfaitement adapté...

 

Il parait qu'on est entré dans la légende du triathlon...

 

Bonus album photos que j'ai prise pendant la course : ICI

Bonus album photos de la station des Angles : ICI

Commentaires  

#4 Hugues Thevenard 16-07-2014 08:14
Un grand bravo a toi fredo CHAPEAU
#3 Karl Lorient 16-07-2014 05:14
Ça me rappelle également des souvenirs. Des courses qui nous marquent à vie... Bravo Fredo!
#2 Bruno Laluce 15-07-2014 22:42
Superbe récit comme d'habitude.Et encore bravo, vu les conditions. ;-)
Je me souviens encore très bien de la 1ère édition 2009: Il neigeait au départ natation! Les conditions étaient surement moins extrêmes,(pas de pluie en tout cas). Ce fut mon triathlon le plus long:14h44(1h12 /9H09/4h11).
J’ai toujours le trophée et le diplôme dans ma chambre!
#1 Bernard Fleury 15-07-2014 15:45
salut fredo,c'est avec plaisir que j'ai lu ton resume de ton exploit.cela a l'air toujours aussi dur et le passage apres le pont ou l'on encouragait les pioniers dans la nuit noire car ils passaient au compte-goutte me rappele bien des souvenirs de supporter.enfin te voila donc notre 5eme finisher sur cette epreuve mythique,encore un grand bravo.a bientôt.